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Les nouvelles adhésions ont été rendues possibles par un renversement de tendance inattendu : l'Europe est devenue populaire auprès des opinions publiques. Le tournant a été pris aux alentours de 2010, explique Charles Grant dans son récit d'anticipation. A cette date, affirme-t-il, malgré les tentatives de blocage de la Grande-Bretagne et de la France, l'une et l'autre plus ou moins marginalisées, l'Europe a commencé à revivre, et cela pour plusieurs raisons. La première est d'ordre économique. Les réformes longtemps différées ont enfin eu lieu. Le signal a été donné par l'Italie, sous la conduite d'un gouvernement de technocrates présidé par l'ancien commissaire Mario Monti, qui a succédé à Romano Prodi et a réussi à relancer la croissance. En France, après avoir hésité à afficher son libéralisme, le nouveau président, Nicolas Sarkozy, a réformé les services publics et diminué le rôle de l'Etat. Le dixième anniversaire de la stratégie de Lisbonne, en 2010, est fêté dans la liesse. La deuxième raison est d'ordre institutionnel. La Commission a été profondément modifiée, ses effectifs réduits de 28 000 à 8 000 fonctionnaires, ses départements transformés en agences indépendantes, responsables devant le Parlement européen, son budget délivré du fardeau de la politique agricole, rendue aux Etats membres. Depuis 2019, les commissaires sont élus au suffrage universel direct et le président de la Commission est choisi parmi eux par le Parlement européen, ainsi que le ministre des affaires étrangères. Troisième raison : l'UE mène une politique étrangère plus efficace et plus cohérente, en partie grâce à Vladimir Poutine, qui, en revenant au pouvoir en 2012, a contribué à unir, contre lui, les Européens. Ceux-ci ont appris à jouer leurs cartes dans les difficiles négociations gazières et pétrolières, sous l'autorité de leur ministre des affaires étrangères, le Suédois Carl Bildt, successeur de Javier Solana. La fin de la présidence tournante a renforcé l'autorité de l'Union, qui déploie en différents lieux du monde plusieurs dizaines de milliers de soldats et des centaines de milliers de juges, de policiers, de personnels civils. Chacun peut amender à sa façon le scénario très britannique de Charles Grant, remplacer, par exemple, le nom de Nicolas Sarkozy par celui de Ségolène Royal ou concevoir autrement les révisions destinées à relancer la machine communautaire. Le principal message de cet exercice de politique-fiction est qu'il appartient d'abord aux Etats membres de remettre de l'ordre dans leurs affaires. Avec une croissance annuelle supérieure à 3 % dans la plupart des pays, "l'hostilité populaire à l'ouverture économique et à la poursuite de l'élargissement a commencé à s'évanouir", note l'auteur en observant les années 2007-2027. Certes, des difficultés subsistent. La Serbie, devenue membre, rejette l'entrée de l'Albanie et du Kosovo, tandis que l'Espagne bloque l'ouverture de négociations avec la Biélorussie, la Moldavie et l'Ukraine pour protester contre le refus opposé au Maroc. Mais la Grande-Bretagne s'est rapprochée de ses partenaires. Le cabinet Miliband, qui a succédé aux cabinets Brown et Cameron, vient de proposer l'adhésion de Londres à l'euro.
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