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[...]Les pro-européens du New Labour, visiblement surpris par la profondeur de la faille qui déchire le PS, y voient le symptôme d'une "crise existentielle". Directeur du Centre pour une réforme européenne (CER), un think tank(centre de réflexion) proche des travaillistes, Charles Grant souligne "l'extraordinaire revirement" que représenterait l'éventuel refus de la Constitution par un parti résolument pro-européen "depuis que Delors avait persuadé Mitterrand, il y a vingt ans, de renoncer à ce qu'il avait appelé la "politique albanaise" prônée par Chevènement". Primo, cette prise de position aggraverait la menace du "non" dans un pays qui "a toujours été à l'avant-garde de la construction de l'Europe"; secundo, elle "couperait le PS des autres grands partis socialistes européens - allemand, espagnol, britannique - et le rejetterait dans le camp des eurosceptiques, aux côtés des tories ou du Front national", poursuit M. Grant. Pour cet expert, militant de l'Europe, qui a lui-même appartenu brièvement au PS au début des années 1980, et qui parle "en socialiste", ce serait "un changement historique". OBJECTIF PRIORITAIRE Le raidissement antieuropéen du PS rappelle à Charles Grant le comportement du Labour après sa défaite électorale de 1979 : "Lorsqu'un parti se retrouve dans l'opposition, ses militants pensent que, pour gagner, il faut purifier le programme. Ils ont habituellement tort, car ils se coupent alors de l'électeur moyen. C'est ce qui s'est passé avec le Labour en 1983, lorsqu'il a défendu un programme radical, marxisant. Résultat : il a alors subi sa plus cuisante défaite en cinquante ans", rappelle-t-il. Laurent Fabius profite aussi, selon Charles Grant, de l'existence d'un courant socialiste récurrent, qui a toujours vu dans l'Europe "un projet capitaliste". "Plus la gauche est puissante au sein du PS, plus les suspicions envers l'Europe se renforcent", constate-t-il. Les pro-européens du New Labour rejettent les arguments de Laurent Fabius. L'harmonisation fiscale ? "Je suis désolé, note le directeur du CER, mais les trois quarts des pays d'Europe y sont hostiles. Personne n'empêche la France, l'Allemagne et quelques autres de l'organiser entre eux. Au contraire, la Constitution favorise ce type de "coopérations renforcées"." L'Europe sociale ? "Là aussi, rien n'empêche ceux qui le souhaitent de la faire avancer. Sur les vingt-cinq pays, certains partagent la philosophie franco-allemande, d'autres sont plus proches des vues britanniques. Le traité ne pouvait qu'être un compromis. La Constitution n'est pas néolibérale. C'est un texte neutre, un cadre dont on fait ensuite ce qu'on veut", plaide M. Grant. [...]En attendant, soucieux de ne pas trop embarrasser Tony Blair, à cinq mois de probables élections législatives, afin d'atteindre l'objectif prioritaire - remporter un troisième mandat travailliste consécutif -, Ian Davidson et ses collègues députés favorables au "non" - une centaine, selon lui, sur 412, quelques douzaines, selon M. Grant - préfèrent reporter à plus tard ce débat sur la Constitution. Ils nourrissent l'espoir qu'un ou plusieurs pays refuseront le texte, rendant inutile la tenue d'un référendum au Royaume-Uni : ce qui évitera au New Labour de vivre au grand jour une querelle semblable à celle que vit le Parti socialiste français. |