Le G20 a manqué une chance de réformer la finance

Le G20 a manqué une chance de réformer la finance

24 April 2010
From La Tribune

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Katinka Barysch

Vendredi après-midi, ministres des Finances et banquiers centraux des pays riches et émergents du G20 se sont réunis à Washington pour discuter des projets de régulation du secteur financier. Alors que la réunion se poursuivait tard vendredi, il apparaissait que le communiqué final ne ferait pas référence à une taxe sur les banques. Katinka Barysch, vicedirectrice du Centre for European Reform, estime qu'il n'y a guère de progrès.

Un an après le G20 de Londres, où en est la réforme de la finance?

Le G20 a perdu de son élan, maintenant que l'urgence économique est passée. Il est possible qu'on ait manqué une chance de réformer les institutions internationales et la finance. Au niveau financier par exemple, la seule réforme vraiment mise en place est celle de l'encadrement des bonus.

Il semble aussi y avoir un accord de principe sur la taxation des banques. Mais sur le point crucial de la liquidité et des fonds propres des banques, aucun accord n'a été trouvé.

Pourquoi?

Le G20 souffre de deux problèmes. Trop de pays passent leur temps à vouloir en faire partie et ils s'intéressent plus à la structure du G20 qu'aux réformes à faire. Le Nigeria se plaint que l'Afrique du Sud y soit, les Néerlandais veulent y être, les Espagnols aussi...

L'Europe en particulier n'est-elle pas surreprésentée (quatre membres, plus l'Union Européenne, plus la Banque Centrale Européenne, plus un strapontin pour l'Espagne...)?

Absolument, et c'est extrêmement agaçant. Le nouveau président du conseil européen va aussi vouloir être présent lors du prochain G20. Le fait qu'un tiers des participants du G20 viennent d'Europe et que seulement deux soient d'Afrique réduit sa légitimité aux yeux de nombreux pays pauvres.

Pascal Lamy (directeur de l'Organisation Mondiale du Commerce, Ndlr) le dit clairement. Il propose que si tous ces pays veulent vraiment être autour de la table, ils devraient au moins se mettre d'accord sur une position commune préalable.

Mais le G20 ne décide t-il pas?

Les sujets n'intéressent pas tout le monde mais doivent quand même être décidés à l'unanimité. La régulation financière par exemple n'intéresse pas vraiment les pays émergents. L'Afrique du Sud ou le Brésil ne sont guère préoccupés par les bonus des banquiers ou les hedge funds.

Du coup, ils utilisent cela comme argument de négociation : ils sont prêts à donner leur accord aux réformes financières en échange de concessions dans d'autres domaines.

Quant aux déséquilibres économiques internationaux, ce qui est vraiment le sujet le plus important auquel le G20 devrait s'attaquer, c'est tellement sensible qu'il n'est pas question de le mettre à l'ordre du jour.

De plus, les Chinois n'aiment pas être bousculés par les instances internationales. On l'a vu lors de Copenhague : alors qu'ils sont vraiment inquiets du réchauffement de la planète, ils n'acceptent pas qu'on leur dise ce qu'il faut faire. De la même façon, ça risque de ne pas marcher pour les surplus commerciaux.

Pourtant, lors de sa création, tout le monde saluait cette nouvelle institution, estimant qu'il était temps de remplacer le G8...

Absolument, et si le G20 n'existait pas, il faudrait l'inventer. Mais il faut vraiment que le G20 s'intéresse moins à qui en fait partie, et plus aux réformes. Il devrait être plus flexible, en ayant des sousgroupes qui travaillent sur des sujets particuliers.